L’essentiel à retenir
- Faute de grives on mange des merles signifie qu’à défaut de ce qu’on préfère, on sait se contenter de ce qu’on a.
- C’est un proverbe de sagesse populaire, né dans les campagnes et la tradition de la chasse : la grive était un gibier plus prisé que le merle.
- On l’écrit « faute » au singulier et « grives » au pluriel — la forme « fautes de grives » qu’on voit en ligne est une coquille.
- Ses cousins de sens : « faute de pain, on mange de la galette » ou, en anglais, « beggars can’t be choosers ».
Il y a des proverbes qu’on emploie sans jamais s’être demandé d’où ils venaient. « Faute de grives, on mange des merles » en fait partie : on le lâche pour dédramatiser un plan B, une soirée qui change au dernier moment, un ingrédient qui manque dans le placard. Chez Alès of Courses, on aime bien soulever le capot de ces expressions du quotidien pour voir ce qui tourne dessous. Et celle-ci a le charme des choses simples : deux oiseaux, une casserole, et toute une philosophie de la débrouille.
Le sens tient en une phrase : quand on ne peut pas avoir le mieux, on se contente de ce qui est à portée de main. Mais derrière cette évidence se cachent une histoire de chasse, une hiérarchie de saveurs oubliée, et même un petit piège d’orthographe qui fait trébucher pas mal de monde entre « faute » et « fautes ».
Dans ce guide, je vous explique ce que veut dire précisément le proverbe, d’où il vient, comment l’écrire sans faute, quelles expressions synonymes disent la même chose, et comment le glisser dans une phrase au bon moment. De quoi ne plus jamais confondre la grive et le merle, ni dans l’assiette, ni dans le dictionnaire.
Faute de grives on mange des merles : que signifie ce proverbe ?

Commençons par le sens, celui qui vous a sans doute amené ici. Le proverbe décrit une situation que tout le monde connaît : on visait le mieux, on n’a pas pu l’obtenir, alors on prend ce qui reste. Et le message, au fond, est plutôt réconfortant.
Le sens exact : se contenter de ce qu’on a
La signification est limpide : à défaut de ce qu’on désire, on se contente de ce qu’on a. Les dictionnaires de référence le formulent presque tous de la même manière — « à défaut de mieux, il faut savoir se contenter de ce que l’on a ». Autrement dit, le proverbe valorise le pragmatisme : plutôt que de rester les mains vides à regretter la grive, on cuisine le merle et on passe à table. C’est un cousin très proche de la formule « à défaut de grives », que l’on entend parfois en tête de phrase pour introduire une solution de repli.
Faute de grives, on mange des merles : à défaut de ce qu’on préfère, on se contente de ce qu’on a — et souvent, c’est déjà bien suffisant.
Grives et merles, deux oiseaux presque jumeaux
Pour saisir l’image, il faut connaître les deux protagonistes. La grive et le merle appartiennent à la même famille, celle des passereaux. Le CNRTL décrit d’ailleurs la grive comme un « oiseau de l’ordre des Passereaux, proche du merle, au plumage blanc et brun, dont la chair est appréciée des gastronomes ». Les deux se ressemblent, vivent dans les mêmes haies, se nourrissent des mêmes baies. Mais dans l’assiette, l’un a longtemps été jugé bien supérieur à l’autre. C’est tout le sel du proverbe : on remplace la vedette par sa doublure, si semblable qu’on s’en accommode sans peine. Vous pouvez retrouver la définition complète dans l’entrée « grive » du CNRTL, la base lexicale du CNRS.
Attention aussi à ne pas confondre le proverbe avec un aveu de défaite. Il ne dit pas « tant pis, contentons-nous du médiocre » sur un ton triste. Il dit plutôt : fais avec ce que tu as, et fais-le bien. C’est une invitation à la souplesse, cette qualité qu’on retrouve dans beaucoup de sagesses du monde — un peu comme dans la culture japonaise et ses traditions, où l’art d’accueillir l’imperfection tient une place centrale. Bien employé, notre proverbe est même optimiste : le merle, après tout, ça se mange très bien.
L’origine du proverbe : de la chasse aux dictionnaires

D’où sort cette histoire d’oiseaux ? Comme la plupart des proverbes, celui-ci n’a pas d’auteur unique : il s’est forgé lentement, de bouche en bouche, dans les campagnes françaises, avant de finir noir sur blanc dans les dictionnaires.
Une expression née dans la tradition de la chasse
Le décor, c’est celui de la chasse d’automne, quand les grives passent par nuées au moment des vendanges et se gavent de raisin et de baies. Dans le Midi comme ailleurs, la grive était un gibier recherché, associé aux beaux plats de saison — pâtés, brochettes, terrines. Le merle, lui, se chassait dans les mêmes fourrés mais avait moins bonne réputation à la casserole. Le proverbe traduit donc une réalité très concrète : quand la journée de chasse n’avait pas donné de grives, on ne rentrait pas bredouille pour autant — on rapportait des merles. Cette sagesse populaire anonyme s’est transmise exactement comme les savoir-faire du terroir, comme tant d’expressions apprises avant même de savoir lire, dès l’âge de l’entrée à l’école.
De la table des bourgeois au Littré
À l’époque, la grive figurait volontiers sur les tables aisées, tandis que le merle évoquait une chère plus modeste. C’est ce contraste de prestige culinaire qui donne au proverbe toute sa saveur. On le retrouve recensé au XIXᵉ siècle dans les grands dictionnaires de la langue, notamment le Littré, qui a fixé par écrit une bonne part des proverbes hérités de l’oral. L’entrée du proverbe sur L’Internaute le classe d’ailleurs parmi les proverbes des « vicissitudes », ces formules qui parlent des aléas de la vie et de la façon de composer avec eux.
Ce voyage de la bouche à la page est passionnant : une phrase de chasseur devient une maxime universelle. Le poids des mots qui traversent les siècles, on le mesure encore aujourd’hui, y compris dans la façon dont ils circulent en ligne, comme on l’explore dans notre décryptage de la micro influence et du champ sémantique.
« Faute » ou « fautes » de grives ? La bonne orthographe

C’est le petit piège qui fait hésiter tout le monde au moment d’écrire le proverbe. Faut-il un « s » à « faute » ? Une grive ou des grives ? Mettons les choses au clair, une bonne fois pour toutes.
On écrit « faute » au singulier
La forme correcte est « faute de grives », avec « faute » au singulier. Ici, « faute de » est une locution qui veut dire « à défaut de », « par manque de » — exactement comme dans « faute de temps » ou « faute de mieux ». On ne parle pas de plusieurs erreurs, mais bien d’un manque. La graphie « fautes de grives on mange des merles », au pluriel, que l’on croise souvent dans les recherches, est donc une coquille : elle confond le « faute » du manque avec le « faute » de la faute d’orthographe. Un comble, pour une expression aussi soignée.
« Grive » ou « grives » : le pluriel s’impose
Côté oiseaux, on écrit « grives » et « merles » au pluriel. La logique est parlante : le proverbe évoque une catégorie de gibier, pas un individu précis. On dit donc « faute de grives, on mange des merles », et non « faute de grive on mange des merles ». La variante au singulier n’est pas dramatique à l’oral, mais à l’écrit, le pluriel est la forme attestée par les dictionnaires. Petit réflexe utile : les deux noms d’oiseaux s’accordent ensemble, l’un ne va pas sans l’autre.
Les variantes fautives qu’on croise en ligne
Entre l’oreille et le clavier, le proverbe subit quelques déformations. Voici le tri entre la forme juste et les coquilles les plus fréquentes, à garder sous la main.
| Forme écrite | Statut | Pourquoi |
|---|---|---|
| Faute de grives, on mange des merles | ✅ Correct | « faute » singulier, oiseaux au pluriel |
| À défaut de grives, on mange des merles | ✅ Correct | Variante de sens équivalent, « à défaut de » |
| Fautes de grives on mange des merles | ❌ Faute | « faute » ne prend pas de « s » : il signifie « manque » |
| Faute de grive on mange des merles | 🟡 Toléré à l’oral | Le pluriel « grives » reste la forme attestée |
| À faute de grives on mange des merles | ❌ Faute | On dit « faute de » ou « à défaut de », jamais « à faute de » |
💡 Astuce mémo — Remplacez « faute de » par « à défaut de » dans votre tête : « à défaut de grives »… ça marche, et personne n’aurait l’idée d’écrire « à défauts de ». Donc pas de « s » non plus à faute.
Expressions synonymes et exemples pour bien l’employer

Le proverbe est loin d’être orphelin : le français regorge de formules qui disent la même idée, et d’autres langues ont leurs propres oiseaux. Tour d’horizon, avec des exemples pour l’employer juste.
Les proverbes de même sens
Plusieurs expressions synonymes expriment ce même art du compromis. En voici quelques-unes, à piocher selon le ton :
- Faute de pain, on mange de la galette — le cousin le plus proche, côté cuisine.
- Faute de bœuf, on fait labourer par son âne — la version des champs, citée par les dictionnaires.
- Quand on n’a pas ce que l’on aime, il faut aimer ce que l’on a — la variante philosophe.
- Qui a des noix en casse, qui n’en a pas s’en passe — un proverbe rural de même famille.
Comment l’utiliser dans une phrase
Le proverbe s’emploie surtout pour relativiser un plan B, avec une pointe d’autodérision. Quelques situations où il tombe pile :
- « Le resto était complet, alors on a mangé une pizza sur le port. Faute de grives, on mange des merles ! » — pour dédramatiser un changement de programme.
- « Je voulais partir en Italie, ce sera les Cévennes cet été. Faute de grives… » — la phrase peut même rester en suspens, tout le monde comprend.
- « On n’a pas décroché le gros client, mais deux petits contrats, c’est déjà ça. » — au travail, il désamorce une déception sans plomber l’ambiance.
Un conseil de ton : le proverbe fonctionne mieux quand on l’applique à soi-même. Dit à quelqu’un d’autre, il peut sembler vexant, comme si l’on traitait son offre de « merle ». Gardez-le pour vos propres compromis, il n’en sera que plus complice.
Les équivalents en anglais, espagnol et italien
Chaque langue a sa manière de dire « fais avec ». Pratique quand on cherche à traduire l’idée à l’étranger, un peu comme lorsqu’on décode une notation venue d’ailleurs, à l’image de la signification de am et pm :
- Anglais : Beggars can’t be choosers (« les mendiants ne font pas la fine bouche ») ou half a loaf is better than none.
- Espagnol : A falta de pan, buenas son tortas (« à défaut de pain, les galettes font l’affaire »).
- Italien : In mancanza di cavalli, trottano gli asini (« faute de chevaux, ce sont les ânes qui trottent »).
- Allemand : In der Not frisst der Teufel Fliegen (« dans le besoin, le diable mange des mouches »).
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Que veut dire l’expression « faute de grives on mange des merles » ?
Elle signifie qu’à défaut de ce qu’on préfère, on se contente de ce qu’on a. C’est un éloge du pragmatisme : plutôt que de rester sans rien, on accepte une solution de remplacement, un peu moins idéale mais bien réelle.
Quelle est l’origine du proverbe faute de grives on mange des merles ?
C’est une expression de sagesse populaire née dans les campagnes et la tradition de la chasse : la grive, gibier recherché, valait mieux à table que le merle. Quand la chasse ne donnait pas de grives, on se rabattait sur les merles. Le proverbe est recensé dès le XIXᵉ siècle dans les dictionnaires, comme le Littré.
Écrit-on « faute de grives » ou « fautes de grives » ?
On écrit « faute » au singulier, car « faute de » veut dire « à défaut de », « par manque de ». La forme « fautes de grives » avec un « s » est une erreur. En revanche, « grives » et « merles » s’écrivent bien au pluriel.
Qui a dit « faute de grives on mange des merles » ?
Personne en particulier : c’est un proverbe anonyme, issu de la sagesse populaire et transmis oralement avant d’être consigné par les dictionnaires au XIXᵉ siècle. Il n’a donc pas d’auteur identifié, contrairement à une citation littéraire.
Comment dit-on « faute de grives on mange des merles » en anglais ?
L’équivalent le plus courant est « beggars can’t be choosers » (les mendiants ne font pas la fine bouche). On peut aussi employer « half a loaf is better than none » (mieux vaut la moitié d’un pain que pas de pain du tout).